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La charcuterie

Le gras de la charcuterie : pourquoi on ne peut pas l’enlever

Par l’atelier Le Boucher — Maison Asloum · · 4 min de lecture

L’essentiel

Dans une charcuterie, le gras n’est pas un surplus : c’est lui qui porte les arômes, qui donne le moelleux et qui permet au produit de sécher ou de se conserver. Une rillette dégraissée se défait en filaments secs, un saucisson sans gras devient dur et sans goût. En halal, le gras de porc est remplacé par du gras de veau, plus ferme et plus neutre, qui tient le séchage sans masquer les épices. Ce qui se règle, en revanche, c’est la quantité servie : 30 à 40 g de rillette par tartine, 50 à 60 g de bœuf séché par personne, et le repère officiel de 150 g de charcuterie par semaine chez l’adulte.

Le gras de la charcuterie : pourquoi on ne peut pas l’enlever

Trois rôles, pas un

Le premier rôle du gras est de transporter le goût. La plupart des arômes d’une viande, d’une épice ou d’un fromage sont liposolubles : ils se dissolvent dans la graisse et pas dans l’eau. Une terrine dégraissée garde sa viande et perd son parfum.

Le deuxième rôle est mécanique. C’est le gras qui donne sa texture à une rillette : des filaments de viande liés par leur propre graisse de cuisson. Sans lui, on obtient de la viande effilochée sèche, impossible à tartiner.

Le troisième rôle est la conservation. Dans un saucisson sec, les particules de gras ralentissent et régulent la perte d’eau : elles font que la pièce sèche lentement et régulièrement, au lieu de croûter en surface et de rester humide au centre.

Ce qui arrive quand on en enlève

Une rillette allégée perd sa liaison : à l’ouverture, le jus se sépare de la viande, et la tartine s’effrite. C’est la raison pour laquelle une rillette de bœuf se met en couche épaisse — son gras est son goût — là où une terrine, plus ferme, s’étale plus fin.

Un saucisson sec maigre devient dur. Les pièces trop maigres sèchent trop vite, durcissent sur le pourtour et perdent leur grain : on les reconnaît à la coupe, où la viande est compacte et sombre, sans les points de gras blancs réguliers.

Un pâté en croûte sans matière grasse rend sa farce friable : la tranche ne tient pas sur l’assiette, elle s’émiette dès qu’on la soulève.

Le gras de veau, en halal

La charcuterie française utilise traditionnellement le gras de porc. En halal, il faut un autre gras qui tienne la cuisson et le séchage sans fondre ni rancir, et la réponse habituelle est le gras de veau.

Il a deux qualités pour cet usage : il est plus ferme que le gras de porc, donc il tient le séchage d’un saucisson, et il est plus neutre, donc il ne masque pas la truffe, le piment d’Espelette ou la fourme d’Ambert. C’est lui qu’on trouve dans nos saucissons secs, mélangé à de la viande de poulet.

Pour les rillettes, la question ne se pose pas de la même façon : une rillette est liée par la graisse de cuisson de sa propre viande. Le Black Angus est utilisé pour cette raison — c’est une race réputée pour son persillé, ce gras fin qui court dans le muscle et qui fond pendant les heures de cuisson.

Ce qui se règle, c’est la quantité

Puisqu’on ne peut pas retirer le gras d’une charcuterie sans en faire autre chose, le réglage se fait sur la portion. Une tartine, c’est 30 à 40 g de rillette ou de terrine. Sur une planche, c’est 80 à 100 g de charcuterie par personne en apéritif.

Les repères officiels français recommandent de limiter la charcuterie à 150 g par semaine chez l’adulte. C’est un cadre de fréquence, pas une interdiction : une planche le samedi soir et deux tartines dans la semaine y entrent sans difficulté.

Si vous cherchez les produits les plus maigres de la gamme, ce sont les viandes séchées : la cecina de filet de bœuf est la plus maigre et la plus délicate des trois, parce qu’elle est faite d’un muscle sans gras apparent. À l’opposé, la rillette de bœuf Black Angus est la plus riche — et c’est précisément ce qu’on lui demande.

Produit Rôle du gras Si on l’enlève
Rillette Lie les filaments de viande La tartine s’effrite, le jus se sépare
Saucisson sec Régule le séchage La pièce durcit et perd son grain
Terrine Porte les arômes Le parfum disparaît
Pâté en croûte Tient la farce La tranche s’émiette
Cecina Peu de gras par nature Rien à enlever : c’est un muscle
Les sources de cet article

Les chiffres de cet article viennent de ces documents publics. La maison ne les a pas produits : elle les cite.

La lettre de la maison

La pièce de la semaine.

Une pièce, la façon de la cuire, une recette. Une fois par semaine, rien d’autre.

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